Les naufrages en Corse
ou en rapport avec la Corse

La Sémillante (A.Daudet)
La Sémillante
(F.Canoncini)
Le Tasmania
(Forum)
L'Evenement
(F.Canoncini)
Le Général Bonaparte
(J.Damiani)
Le Léon Gambetta
(Véronique Emmanuelli)

La Sémillante
C'est le plus célèbre et aussi le plus meurtrier des naufrages en Corse.

- Le premier texte que je vous propose est aussi le plus célèbre mais sûrement pas le plus véritable ; c'est une des pages de Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet.
Né le 13 mai 1840 à Nîmes et mort à Paris le 16 décembre 1897.

- Le suivant est nettement plus précis, non romancé et repose sur des documents d'époques. A lire absolument si le sujet vous intéresse.


- A lire aussi un livre bien documenté : Le tragique destin de la Sémillante par C.Secondi.

Commémoration à Bonifacio : Lire l'article de Corse matin du 17 février 2012

Le séjour en Corse d'Alphonse DAUDET s'étale de décembre 1862 à mars 1863.
Il est loge près de la place des Palmiers chez Emmanuel Arena qui se fait appeler Emmanuel Arène.
A cette époque, Daudet est encore un inconnu et la Corse est un pays qui semble s'être limitée aux îles Sanguinaires et à son phare. Les "Lettres de mon moulin", qui paraîtront en 1866, témoignent de la source d'inspiration puisée en ce lieu.
Ses souvenirs de Corse, transparaîtront également dans l'immortel, dans Rose et Ninette ou encore dans contes du lundi.
Aux Iles Lavezzi, Alphonse Daudet découvrira le cimetière marin des naufragés de la sémillante, ce navire qui le 15 février 1855, sombra dans le détroit de Bonifacio, emportant par le fond 301 hommes d'équipage et 393 soldats. Cette tragédie ne laissa aucun survivant.

Texte issu du site : http://www.tarrano-bonicardo.com/

L'AGONIE DE LA SÉMILLANTE
Puisque le mistral de l'autre nuit nous a jetés sur la côte corse, laissez-moi vous raconter une terrible histoire de mer dont les pêcheurs de là-bas parlent souvent à la veillée, et sur laquelle le hasard m'a fourni des renseignements fort curieux.
... Il y a deux ou trois ans de cela.
Je courais la mer de Sardaigne en compagnie de sept ou huit matelots douaniers. Rude voyage pour un novice ! De tout le mois de mars, nous n'eûmes pas un jour de bon. Le vent d'est s'était acharné après nous, et la mer ne décolérait pas.
Un soir que nous fuyions devant la tempête, notre bateau vint se réfugier à l'entrée du détroit de Bonifacio, au milieu d'un massif de petites îles... Leur aspect n'avait rien d'engageant : grands rocs pelés, couverts d'oiseaux, quelques touffes d'absinthe, des maquis de lentisques, et, çà et là, dans la vase, des pièces de bois en train de pourrir ; mais, ma foi, pour passer la nuit, ces roches sinistres valaient encore mieux que le rouf d'une vieille barque à demi pontée, où la lame entrait comme chez elle, et nous nous en contentâmes.
À peine débarqués, tandis que les matelots allumaient du feu pour la bouillabaisse, le patron m'appela, et, me montrant un petit enclos de maçonnerie blanche perdu dans la brume au bout de l'île :
- Venez-vous au cimetière ? me dit-il.
- Un cimetière, patron Lionetti !
Où sommes-nous donc ?
- Aux îles Lavezzi, monsieur. C'est ici que sont enterrés les six cents hommes de la Sémillante, à l'endroit même où leur frégate s'est perdue, il y a dix ans... Pauvres gens ! Ils ne reçoivent pas beaucoup de visites ; c'est bien le moins que nous allions leur dire bonjour puisque nous voilà...
- De tout mon coeur, patron.
Qu'il était triste le cimetière de la Sémillante !... Je le vois encore avec sa petite muraille basse, sa porte de fer rouillée, dure à ouvrir, sa chapelle silencieuse, et des centaines de croix noires cachées par l'herbe... Pas une couronne d'immortelles, pas un souvenir ! rien... Ah ! les pauvres morts abandonnés, comme ils doivent avoir froid dans leur tombe de hasard !
Nous restâmes là un moment agenouillés. Le patron priait à haute voix. D'énormes goélands, seuls gardiens du cimetière, tournoyaient sur nos têtes et mêlaient leurs cris rauques aux lamentations de la mer.
La prière finie, nous revînmes tristement vers le coin de l'île où la barque était amarrée. En notre absence, les matelots n'avaient pas perdu leur temps. Nous trouvâmes un grand feu flambant à l'abri d'une roche, et la marmite qui fumait. On s'assit en rond, les pieds à la flamme, et bientôt chacun eut sur ses genoux, dans une écuelle de terre rouge, deux tranches de pain noir arrosées largement.
Le repas fut silencieux : nous étions mouillés, nous avions faim, et puis le voisinage du cimetière... Pourtant, quand les écuelles furent vidées, on alluma les pipes et on se mit à causer un peu. Naturellement, on parlait de la Sémillante.
- Mais enfin, comment la chose s'est-elle passée ? demandai-je au patron qui, la tête dans ses mains, regardait la flamme d'un air pensif.
- Comment la chose s'est passée ? me répondit le bon Lionetti avec un gros soupir hélas ! monsieur, personne au monde ne pourrait le dire. Tout ce que nous savons, c'est que la Sémillante, chargée de troupes pour la Crimée, était partie de Toulon, la veille au soin avec le mauvais temps.
La nuit, ça se gâta encore. Du vent, de la pluie, la mer énorme comme on ne l'avait jamais vue... Le matin, le vent tomba un peu, mais la mer était toujours dans tous ses états, et avec cela une sacrée brume du diable à ne pas distinguer un fanal à quatre pas... Ces brumes-là, monsieur, on ne se doute pas comme c'est traître... Ça ne fait rien, j'ai idée que la Sémillante a dû perdre son gouvernail dans la matinée ; car, il n'y a pas de brume qui tienne, sans une avarie, jamais le capitaine ne serait venu s'aplatir ici contre. C'était un rude marin, que nous connaissions tous.
Il avait commandé la station en Corse pendant trois ans, et savait sa côte aussi bien que moi, qui ne sais pas autre chose.
- Et à quelle heure pense-t-on que la Sémillante a péri ?
- Ce doit être à midi ; oui, monsieur, en plein midi...
Mais dame ! avec la brume de mer ce plein midi-là ne valait guère mieux qu'une nuit noire comme la gueule d'un loup... Un douanier de la côte m'a raconté que ce jour-là, vers onze heures et demie, étant sorti de sa maisonnette pour rattacher ses volets, il avait eu sa casquette emportée d'un coup de vent, et qu'au risque d'être enlevé lui-même par la lame, il s'était mis à courir après, le long du rivage,à quatre pattes. Vous comprenez ! les douaniers ne sont pas riches, et une casquette, ça coûte cher. Or il paraîtrait qu'à un moment notre homme, en relevant la tête, aurait aperçu tout près de lui, dans la brume, un gros navire à sec de toiles qui fuyait sous le vent du côté des îles Lavezzi. Ce navire allait si vite, si vite, que le douanier n'eut guère le temps de bien voir. Tout fait croire cependant que c'était la Sémillante, puisque une demi-heure après le berger des îles a entendu sur ces roches... Mais précisément voici le berger dont je vous parle, monsieur ; il va vous conter la chose lui-même... Bonjour Palombo !... viens te chauffer un peu ; n'aie pas peur.
Un homme encapuchonné, que je voyais rôder depuis un moment autour de notre feu et que j'avais pris pour quelqu'un de l'équipage, car j'ignorais qu'il y eût un berger dans l'île, s'approcha de nous craintivement.
C'était un vieux lépreux, aux trois quarts idiot, atteint de je ne sais quel mal scorbutique qui lui faisait de grosses lèvres lippues, horribles à voir.
On lui expliqua à grand-peine de quoi il s'agissait. Alors, soulevant du doigt sa lèvre malade, le vieux nous raconta qu'en effet, le jour en question, vers midi, il entendit de sa cabane un craquement effroyable sur les roches. Comme l'île était toute couverte d'eau, il n'avait pas pu sortir, et ce fut le lendemain seulement qu'en ouvrant sa porte il avait vu le rivage encombré de débris et de cadavres laissés là par la mer. Epouvanté, il s'était enfui en courant vers sa barque, pour aller à Bonifacio chercher du monde.
Fatigué d'en avoir tant dit, le berger s'assit, et le patron reprit la parole :
- Oui, monsieur, c'est ce pauvre vieux qui est venu nous prévenir. Il était presque fou de peur ; et, de l'affaire, sa cervelle en est restée détraquée. Le fait est qu'il y avait de quoi... Figurez-vous six cents cadavres en tas sur le sable, pêle-mêle avec les éclats de bois et les lambeaux de toile...
Pauvre Sémillante !... La mer l'avait broyée du coup, et si bien mise en miettes que dans tous ses débris le berger Palombo n'a trouvé qu'à grand-peine de quoi faire une palissade autour de sa hutte... Quant aux hommes, presque tous défigurés, mutilés affreusement... C'était pitié de les voir accrochés les uns aux autres, par grappes...
Nous trouvâmes le capitaine en grand costume, l'aumônier son étole au cou ; dans un coin, entre deux roches, un petit mousse, les yeux ouverts... on aurait cru qu'il vivait encore ; mais non ! il était dit que pas un n'en réchapperait...
Ici le patron s'interrompit :
- Attention, Nardi ! cria-t-il, le feu s'éteint.
Nardi jeta sur la braise deux ou trois morceaux de planches goudronnées qui s'enflammèrent, et Lionetti continua :
- Ce qu'il y a de plus triste dans cette histoire, le voici...
Trois semaines avant le sinistre, une petite corvette, qui allait en Crimée comme la Sémillante, avait fait naufrage de la même façon, presque au même endroit ; seulement, cette fois-là, nous étions parvenus à sauver l'équipage et vingt soldats du train qui se trouvaient à bord... Ces pauvres tringlots n'étaient pas à leur affaire, vous pensez !
On les emmena à Bonifacio et nous les gardâmes pendant deux jours avec nous, à la marine... Une fois bien secs et remis sur pied, bonsoir ! bonne chance ! ils retournèrent à Toulon, où, quelque temps après, on les embarqua de nouveau pour la Crimée... Devinez sur quel navire !... Sur la Sémillante, monsieur.. Nous les avons retrouvés tous, tous les vingt, couchés parmi les morts, à la place où nous sommes... Je relevai moi-même un joli brigadier à fines moustaches, un blondin de Paris, que j'avais couché à la maison et qui nous avait fait rire tout le temps avec ses histoires... De le voir, là, ça me creva le coeur... Ah ! Santa Madre !...
Là-dessus, le brave Lionetti, tout ému, secoua les cendres de sa pipe et se roula dans son caban en me souhaitant la bonne nuit... Pendant quelque temps encore, les matelots causèrent entre eux à demi-voix... Puis, l'une après l'autre, les pipes s'éteignirent... On ne parla plus... Le vieux berger s'en alla... Et je restai seul à rêver au milieu de l'équipage endormi.
Encore sous l'impression du lugubre récit que je venais d'entendre, j'essayais de reconstruire dans ma pensée le pauvre navire défunt et l'histoire de cette agonie dont les goélands ont été seuls témoins. Quelques détails qui m'avaient frappé, le capitaine en grand costume, l'étole de l'aumônier les vingt soldats du train, m'aidaient à deviner toutes les péripéties du drame... Je voyais la frégate partant de Toulon dans la nuit... Elle sort du port. La mer est mauvaise, le vent terrible ; mais on a pour capitaine un vaillant marin, et tout le monde est tranquille à bord...
Le matin, la brume de mer se lève. On commence à être inquiet. Tout l'équipage est en haut. Le capitaine ne quitte pas la dunette... Dans l'entrepont, où les soldats sont renfermés, il fait noir ; l'atmosphère est chaude. Quelques-uns sont malades, couchés sur leurs sacs. Le navire tangue horriblement ; impossible de se tenir debout. On cause assis à terre, par groupes, en se cramponnant aux bancs ; il faut crier pour s'entendre.
Il y en a qui commencent à avoir peur... Écoutez donc ! les naufrages sont fréquents dans ces parages-ci ; les tringlots sont là pour le dire, et ce qu'ils racontent n'est pas rassurant. Leur brigadier surtout, un Parisien qui blague toujours, vous donne la chair de poule avec ses plaisanteries :
- Un naufrage !... mais c'est très amusant, un naufrage.
Nous en serons quittes pour un bain à la glace, et puis on nous mènera à Bonifacio, histoire de manger des merles chez le patron Lionetti.
Et les tringlots de rire...
Tout à coup, un craquement... Qu'est-ce que c'est ?
Qu'arrive-t-il ?...
- Le gouvernail vient de partir, dit un matelot tout mouillé qui traverse l'entrepont en courant.
- Bon voyage ! crie cet enragé de brigadier ; mais cela ne fait plus rire personne.
Grand tumulte sur le pont. La brume empêche de se voir. Les matelots vont et viennent effrayés, à tâtons... Plus de gouvernail ! La manoeuvre est impossible... La Sémillante, en dérive, file comme le vent... C'est à ce moment que le douanier la voit passer ; il est onze heures et demie.
À l'avant de la frégate, on entend comme un coup de canon... Les brisants ! les brisants !... C'est fini, il n'y a plus d'espoir, on va droit à la côte... Le capitaine descend dans sa cabine... Au bout d'un moment, il vient reprendre sa place sur la dunette -, en grand costume...
Il a voulu se faire beau pour mourir.
Dans l'entrepont, les soldats, anxieux, se regardent, sans rien dire... Les malades essaient de se redresser... le petit brigadier ne rit plus... C'est alors que la porte s'ouvre et que l'aumônier paraît sur le seuil avec son étole :
- À genoux, mes enfants !
Tout le monde obéit. D'une voix retentissante, le prêtre commence la prière des agonisants.
Soudain, un choc formidable, un cri, un seul cri, un cri immense, des bras tendus, des mains qui se cramponnent, des regards effarés où la vision de la mort passe comme un éclair...
Miséricorde !...
C'est ainsi que je passai toute la nuit à rêver, évoquant, à dix ans de distance, l'âme du pauvre navire dont les débris m'entouraient... Au loin, dans le détroit, la tempête faisait rage ; la flamme du bivouac se courbait sous la rafale ; et j'entendais notre barque danser au pied des roches en faisant crier son amarre.

hdp

 


NAUFRAGE DE LA "SEMILLANTE"
CE QUE L'ON N'AVAIT JAMAIS DIT...par François CANONICI

La mi-février ne manque pas de rappeler aux Bonifaciens en particulier et à tous les Corses en général, et notamment les gens de mer, l'anniversaire de la plus grande catastrophe maritime survenue en Méditerranée et dont l'île Lavezzi au sud-est de Bonifacio a été le théâtre.
Ce drame a été connu du grand public surtout grâce au récit du célèbre Alphonse Daudet qui ne pouvait, à l'époque, bénéficier des éléments (lettres, documents, enquêtes, témoignages, recoupements, etc....) dont nous disposons aujourd'hui.
Depuis cette date maudite du 15 février 1855 (il y a 156 ans), les « Bouches de Bonifacio » ont acquis une bien sinistre réputation de « passage infernal » qui s'est transmise parmi des générations de marin. On dit même que la marine anglaise a délibérément évité, durant plusieurs dizaines d'années, ce passage étroit de 14 kms entre les deux grandes îles. Passage qui, soulignons-le, est emprunté chaque année par plus de 20.000 bateaux (commerce, transports divers, paquebots, plaisance) sans que l'on n'ait jamais plus (et c'est heureux), enregistré de naufrage aussi désastreux que celui de « la Sémillante.
Contre les Russes
C'est donc le 15 février 1855 que cette "frégate impériale de premier rang" se perdait corps et biens sur un îlot de l'archipel des Lavezzi.
Ce jour là soufflait dans le détroit, dès les premières heures du jour, une tempête d'une rare violence. Jamais plus depuis, et les statistiques sur ce point sont formelles, on en a enregistré de pareille.
Sur le récit de la catastrophe elle même, « La Corse » avait maintes fois eu l'occasion de l'évoquer. Nous nous bornerons simplement à rappeler le plus brièvement possible les faits.
14 février 1855.(sous le règne de Napoléon III, empereur des Français) Toulon. 11 heures. Forte brise variant de l'ouest à l'ouest sud-ouest. « La Sémillante » quitte le port en direction de la Crimée pour apporter aux Forces des armées turques, anglaises et piémontaises contre les Russes, des vivres et des renforts en troupes et en matériel. Son équipage était de 293 hommes outre son état-major. La « Sémillante »était un vaisseau de trois-mâts, formant l'une des plus fortes unités de la Marine de Guerre française. Sa première escale prévue était Constantinople.

400 tonnes de matériel
A son bord ont pris place un détachement de 393 militaires de l'armée de terre avec un matériel important comprenant quatre canons de 24, six mortiers de 32, dix mortiers de 27; mille obus de 15 centimètres, vingt affûts de mortiers, 1500 bombes de 27, cent vingt barils de poudre de 50 kg, vingt plates-formes complètes et divers accessoire pour canons et mortiers des baraques démontées et un assortiment de bois divers, représentant une cargaison d'environ 400 tonnes embarquées en quatre jours.
La route la plus directe pour se rendre de Toulon en mer Égée passe par le sud Sardaigne, puis par le canal de Tunisie, le canal de Malte en direction du cap Matapan . C'est cette route qu'avait choisie le commandant Jugan, mais ce dernier fut contraint à cause des conditions défavorables à donner dans les bouches de Bonifacio pour atteindre rapidement la mer Tyrrhénienne et retrouver une zone relativement plus abritée à l'est de la Sardaigne.
Mais, on le sait, dans les "Bouches" régnait une épouvantable tempête (il s'agissait en réalité d'une sorte d'ouragan). Dans la ville de Bonifacio, de nombreux toits avaient été emportés, une maison s'était écroulée faisant un mort et deux blessés, un douanier de service avait été jeté à la mer et heureusement repêché sain et sauf. La violence de la tempête était telle que les embruns provoqués par le fracas des vagues Sutta Rocca passaient au dessus de l'isthme de Saint-Roch pour se déverser dans les eaux du port en dévalant comme un torrent la grimpette du Rastillu ! A une distance de deux lieues, la campagne avait été couverte de sel.
M.Francois Piras, maire de la ville à cette époque ancien capitaine au long cours affirmait qu'aucune frégate n'eut pu se présenter le travers (pour mettre en cape) dans de telles conditions.
On le perd de vue
15 février 1855, Bonifacio 10 heures.
Une cérémonie a lieu sur la place Manichilla qui domine le détroit. En effet comme dans toutes les tempêtes, il est d'usage à Bonifacio que le prêtre bénisse la mer avec le fragment de la vraie croix du christ. C'est l'abbé Rocca qui officie en présences de quelques fidèles seulement. Tous aperçurent d'une manière furtive à travers une nappe d'écume que formait le Détroit « un grand bâtiment semblable à une nébuleuse noyée dans les vapeurs de la mer, allant sans règle et sans conduite au gré des flots, au SUD-OUEST au NORD-EST, comme s'il eut eu des avaries dans son gouvernail ».
15 février 1855, Phare de la Testa. Sardaigne 11 heures.
Le chef du phare de la Testa aperçoit une frégate »dont il ne comprend pas la manœuvre » l'impression qu'il en a est que le navire, à sec de toile, qui vient du Nord –Ouest se dirigeant vers la plage de Reina Maggiore près du Cap Testa n'a plus de gouvernail. Il pense qu'il va se briser. Mais il voit la frégate hisser sa trinquette venir sur bâbord et donner dans les Bouches ou elle le perd de vue.

Le cri de 700 créatures humaines.

15 février 1855. Détroit de Bonifacio. Archipel des Lavezzi 12 heures.
Poussée par la tempête d'Ouest sud-ouest, « La Sémillante » remonte trop au nord et vient se fracasser dans un bruit épouvantable, « un grondement large et sourd pareil à celui d'un tonnerre venant de sous terre » (perçu par un berger qui résidait sur l'île Lavezzi) sur l'îlot de l'Acciarino. Le choc, on s'en doute, est terrible, la panique à bord indescriptible. Un seul cri a du être poussé par sept cents créatures humaines s'abîmant à la fois dans les flots ! Certains marins et soldats sont morts broyés sur le coup, d'autres sont emportés puis rejetés contre les rochers et fracassés, certains tentent de nager mais ils sont vite submergés par les vagues énormes, gigantesques. Impossible, même à un excellent nageur de s'en sortir. La mer « veut » tout le monde.... Et aura tout le monde.
16 février 1855. Bonifacio 17 heures. Deux matelots de l'annexe n°2 de l'Averne indiquent qu'aux Lavezzi « un ou plusieurs bâtiments de guerre » ont du se perdre. Ils remettent à l'administrateur de la Marine, différents objets : carabines, sabres, pantalons, képis de soldats et d'artilleurs.
17 février 1855. Lavezzi.Le berger Limieri fait sa déclaration aux autorités venues de Bonifacio.

Reconnu grâce à la difformité d'un pied.
18 février 1855. Lavezzi.
Le premier cadavre est découvert à plus d'un mille du lieu du naufrage. D'autre corps sont trouvés les jours suivants.
5 mars 1855. Lavezzi.
On découvre le corps du Commandant JUGAN (reconnu à ses insignes et à la difformité de l'un de ses pieds).
Du 5 mars au 20 mars 1855. Lavezzi.
Enlèvement des cadavres : cinq cent quatre vingt douze sur 685 victimes. Tous ont reçu une sépulture dans les deux cimetières marins.
D'avril à Août 1855. Lavezzi.
Une entreprise italienne est chargée de récupérer le matériel de « La Sémillante ». Ce matériel a été expédié à Toulon. Deux pièces provenant des restes de la frégate, un morceau de l'une des roues de la barre et de la figure de proue sculptée en plein bois en forme de feuille d'acanthe, seraient conservés par le musée de Bordeaux. A noter qu'une partie des madriers a été employée pour des travaux de construction de la route nationale 198 Bonifacio-Bastia, travaux exécutés par le service du génie militaire.

L'encrier et la clochette de la « SÉMILLANTE »
Curieusement, la ville de Bonifacio ne possède absolument rien de ce qui a pu appartenir à la SÉMILLANTE . En ce qui concerne nous avions pu photographier chez le regretté Jean PIRAS, arrière petit fils de M François Piras, maire de Bonifacio lors de la catastrophe de la Sémillante, un encrier ayant appartenu au Commandant JUGAN et la cloche du carré des officiers.
Certains Bonifaciens pourraient posséder de la vaisselle du bord (en étain probablement), d'autres ont en leur possession des boulets de canons ou bien des poulies.
Il y eut une souscription publique en faveur des familles des marins et des soldats victimes de la catastrophe. Au 8 juin 1855, celle-ci avait produit la somme de 60.000 francs.
L'empereur NAPOLÉON III et l'Impératrice avaient fait remettre la somme de 10.000 francs.
Un crédit d'entretien est alloue chaque année aux autorités militaires afin que les morts de la Sémillante ne soient jamais oubliés.
Et si un jour vous passez par là vous serrez pris dans cette ambiance vraiment très particulière qui se dégage de ces lieux.

Des cadavres de « LA SEMILLANTE » retrouvés à Prunelli-Cervioni !
Nous avons pu, grâce à des lettres qui nous ont été communiquées par Jean-André Tassistro disposer d'éléments nouveaux et inédits.
Une lettre du 18 février 1855 (3 jours avant le drame) est adressée par le sous-préfet de l'arrondissement de Sartène au préfet de la Corse à Ajaccio. Le sous-préfet, sur la foi des premiers renseignements qui lui sont parvenus de Bonifacio émet la supposition que le navire qui avait sombré était la frégate « la Prudence ». En effet, les matelots de la chaloupe « l'Averne » avaient ramassé, entre autres, un ruban de chapeau de marin jeté sur le rivage et portant le nom de « Prudence ». Or il se trouvait qu’un marin de cette frégate avait été envoyé en renfort et au dernier moment sur "la Sémillante".
Une autre lettre du même sous-préfet(même destinataire) datée du 10 mars 1855 fait mention de cadavre trouvés à l'île Lavezzi dont il ignorait cependant le nombre « personne n'étant encore revenu de Lavezzi ». Le sous-préfet fait état de cadavres découverts à Bonifacio (Sutta-Rocca et à l'entrée du port) et même beaucoup plus loin : « Le conducteur de la diligence, Podesta, a déclaré que trois cadavres avaient été trouvés dans les parages de Prunelli, près de Cervione et que parmi ce nombre on aurait reconnu un officier du bord qui avait encore une épaulette.

« Aucun cadavre n'est entier »
Le 16 mars 1855, le même sous-préfet annonce que le nombre de naufragés qui avaient reçu une sépulture étaient au nombre de 924 (chiffre inexact et, on l'a vu, largement au dessus de la réalité). Mais il était difficile à l'époque de connaître exactement le nombre de cadavres qui étaient disséminés aux quatre coins de l'île et qui ont du être regroupés dans deux cimetières. Un corps a même été retrouvé à Capo di Feno (Bonifacio), écrit le sous-préfet, et enterré sur place. Dans une autre lettre le sous-préfet, qui a obtenu d'autres renseignements, parle de 243 cadavres trouvés et ensevelis à ce jour (19 mars 1855).
Dans une autre lettre du 19 mars 1855, le sous-préfet de Sartène écrit que deux cadavres n'avaient pu être repêchés en raison du mauvais état de la mer et que l'on a du les abandonner...
Voici un autre passage de cette lettre : « Parmi les cadavres que l'on trouve actuellement, presque aucun n'est entier. Aux uns il manque le bras, aux autres une jambe, les pieds etc....

Les bergers quittent l'île
Lettre du 30 mars 1855 de la sous préfecture. Le chiffre de 457 cadavres est cité, plus proche de la réalité mais on n'avait pas fini les recherches. Trois autres cadavres sont localisés à la Maddalena en Sardaigne « mais aucune autorité n'avait donné les ordres nécessaires pour donner une sépulture à ces infortunés.
Le sous-préfet « étant en congé » c'est le conseiller d'arrondissement Pietri qui fait mention d'un rapport lui ayant été adressé de Bonifacio par le commissaire de Police Porri dans lequel ce dernier écrit que « les cadavres qui ont été enterrés à Lavezzi n'ont pas été placés dans des fosses assez profondes, ce qui occasionne une infection telle que les bergers sont obligés de quitter l'île avec leurs troupeaux.

La pyramide, les cimetières, les livres
A noter qu'une pyramide a été érigée sur les lieux même du naufrage en 1856. Il s'agit d'un ouvrage en granit de 10 mètres de haut, posé sur un socle cubique également en granit. Sur les quatre faces du socle ont été scellées des plaques de marbre noir, remplacées en 1877 par des similaires en bronze.
En 1856, les deux cimetières ont été entourés de murs en maçonnerie par les soins du Génie militaire. En même temps était construite la chapelle funéraire du Furcone. La tombe du commandant Jugan est recouverte d'une dalle tumulaire qui porte une plaque avec des inscriptions.
En 1878 la chapelle construite dans le cimetière du Furcone était consacrée sous le vocable de N.-D. du Mont Carmel.
Sur la terre ferme à Bonifacio a été érigée il y a quelques années, une stèle près du cimetière Saint-François dédiée aux morts de la Sémillante et de tous les disparus en mer.
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F.C

Avec l'aimable autorisation de M. François CANONICI, texte issu du site : http://canonici.skyrock.com/
hdp

Le naufrage du Tasmania
C'était le joyau de la compagnie britannique Peninsular & Oriental. Un paquebot de 133 mètres de longueur, en provenance de Bombay et rejoignant Londres. A son bord, 161 hommes d'équipage et 120 passagers de marque venus, avec bijoux, présents somptueux et domesticité, célébrer le jubilé de la reine Victoria. Le 16 avril 1887, le Tasmania heurte les écueils des Moines, au sud-ouest de la Corse. Malgré une mer démontée, la plupart des passagers sont sauvés, hormis le commandant et une vingtaine de soutiers indiens, dont le sort intéresse moins que les richesses englouties. L'épave et la cargaison sont mises aux enchères. Et la chasse au trésor, officielle ou clandestine, commence. Aujourd'hui encore, dit-on, on pourrait voir, dans les maisons proches du lieu du naufrage, des meubles et objets anglais de la meilleure facture. Si, depuis tant d'années, l'épave s'est désagrégée, les plongeurs ont, selon Jean-Pierre Joncheray, « encore une chance de retrouver, entre 10 et 25 mètres de fond, une défense d'éléphant oubliée ou un plat en vermeil ». Avis aux amateurs.

Les textes de ce document sont issus d'un forum (http://belvederecampomoro.forumpro.fr/t58-le-naufrage-du-tasmania) sur lequel je n'ai pu contacter personne pour demander l'autorisation de reproduire le contenu.
Si le responsable de ce forum veut me signaler son refus ou son acceptation, il peut me joindre ICI.
Par avance, merci.


Qui connaît l'histoire du Tasmania?
Au XIXe siècle, un grand steamer nommé le Tasmania s’échoua sur les récifs des Moines au large du cap de Roccapina. Ce bateau contenait le présent d'un prince indien pour la Reine d'Angleterre .Le présent en question fut retrouvé avec d'autres objets sur la côte, il s'agissait d'un coffre rempli de rubis et d'innombrable pierres précieuses. Il fut restitué à la reine d'Angleterre. Mais la coque du Tasmania est toujours visible dans les profondeurs.
D’après le Commandant Charles Finidori, auteur d’un livre à ce sujet intitulé Le naufrage du Tasmania, quelques passagers du Tasmania furent recueillis par des familles sartenaises, à qui ils laissèrent quelques beaux objets en signe de remerciement, mais, la tempête aidant, certains naufragés furent ballottés par les flots, l’un d’eux, dit-on à Campomoro, ou son gilet de sauvetage, fut retrouvé derrière la tour de Campomoro, par un pêcheur ou un berger. Un autre fait inspira ce récit à l’écrivain Michel Lorenzi de Bradi ;
Voici comment il raconte l’histoire de la barque fantôme de Marinu et Sanetosu :
« Tous deux pêchaient tranquillement à la pointe de Campomoro ; pourtant, ils découvrirent une grosse murène dans une nasse, puis Marinu reçut la décharge d’une petite torpille. Cela ne présageait rien de bon ! Quand la nuit tomba, ils aperçurent au sud une voile étincelante, qui semblait se rapprocher puis s’éloigner sans cesse. Intrigué, Marinu persuada son compagnon d’aller à la rencontre du bateau…
La mer ne tarda pas à se lever et malgré la tempête, ils s’éloignèrent de la côté à la poursuite de la voile maudite ; lorsqu’ils arrivèrent à l’île d’Asinara, ils crurent que le bateau avait accosté et, s’approchant du rivage, découvrirent une simple caisse couverte d’algues et renfermement un ossement enveloppé dans une très belle étoffe. Rentrés à l’aube, les compagnons se séparèrent ; trois jours plus tard. Sanetosu retrouva Marinu, gisant sans vie dans sa barque qui se balançait mollement comme la barque moussue de l’île d’Asinara…. »
Signé : Ghjattonu

Fola ou histoire vraie ?
Message
Le 17 avril 1887, le grand steamer "Tasmania", de la célèbre compagnie anglaise "Peninsular and Oriental Line", fait route de Marseille. A 4h04 du matin, après avoir doublé le phare du Pertusato il s'échoue sur des brisants.
Le Tasmania transportait de nombreux présents des maharadjahs indiens à la reine Victoria qui devait célébrer son jubilé.
Le coffre rempli de pierres précieuses et de joyaux a été récupéré dans l'épave par des plongeurs dans les semaines qui ont suivi le naufrage.
On raconte, de source sûre, qu'un habitant de Campomoro, nommé "Petit Antoine" aurait retrouvé, derrière la tour, un gilet de sauvetage dont les poches étanches contenaient des papiers dont il ne pouvait comprendre la signification.
Le brave homme apporta ces documents au propriétaire des terrains qu'il exploitait et qui habitait au chateau de Campomoro.
En échange de ces papiers, ce dernier lui fit cadeau d'un appartement sis à la maison Durazzo de Campomoro. On soupçonne qu'il s'agissait de "bons au porteur" fréquents à l'époque.
D'aucuns pensent, mais il faudrait comparer les dates pour s'en assurer, que le gilet de sauvetage appartenait à un naufragé du Tasmania.
Je pense que l'histoire rapportée par toi, Ghjattonu, et qui est issue d'un roman de Michel Lorenzi de Bradi, n'est pas corrélée à cet évènement. Elle relève plutôt des "foli" ,contes que l'on racontait, jadis, au coin du feu, aux enfants.
Réponse de Nimu

Les naufragés du Tasmania
Message
Chers amis,
Parlons-en pusique c'est un secret de polichinelle, même à Sartène, même si lorsqu'un Durazzo posait une question sur l'affaire, autrefois on feignait la surprise.
Rien n'interdit de penser que c'est l'étoffe flambloyante du mort du récit de Lorenzi de Bradi qui renfermait le trésor en bons du porteur confié au Sgiò Ettaru, à qui notre homme, ne sachant ni lire ni écrire rapporta sa trouvaille. Pour sa peine et sa discrétion, on raconte qu'il devint propriétaire de la partie supérieure de la maison (entre celle d'Antonia et celle de Don Georges) dont Hector n'avait plus besoin, s'étant installé au château, hérité du Capitaine.
Finalement, avec le temps, on peut dire que pour les descendants, l'affaire n'a pas été mauvaise: posséder une maison fraîche en bord de mer datant de la fin du XVIe siècle, qui n'a rien coûté, ce n'est pas si mal.
Allons laissons les morts tranquilles et paix à leur âme!

Réponse de Ghjattonu

A lire aussi un livre très bien documenté : Le Tasmania par C.Finidori.

hdp

LE NAUFAGE DE "L'EVENEMENT" AUX ÎLES LAVEZZI
par François CANONICI

Aux îles Lavezzi : le naufrage de "L'Evénement"

Le terrible naufrage de la frégate impériale de 1er rang "La Sémillante" que nous relatons par ailleurs dans ce même blog, survenu le 15 février 1855, et qui causa la mort de près de 700 marins et soldats se rendant en Crimée, survenu dans les Bouches de Bonifacio, aux îles Lavezzi est, certes, le plus connu.
Et même si, contrairement à ce que l'on pense, Bonifacio n'est pas (et de loin) le lieu où il y a eu le plus de catastrophes maritimes (c'est même d'après des statistiques que nous publions également dans ce même blog là où il y en a eu le moins !); d'autres naufrages ont marqué en leur temps les mémoires.
Parmi eux, celui du paquebot-poste "L'Evénement" assurant le service Bastia-Bonifacio-Ajaccio par Propriano qui devait survenir, moins de quarante ans après celui de "la Sémillante", c'est-à-dire le 21 janvier 1893.
Le paquebot "L'Evénement" (commandant Ferrari) était affecté depuis plusieurs mois au service côtier cité plus haut. Il faisait partie des cinq navires de la société corse Morelli absorbés en 1892 par Fraissinet ("Bocognano", "Ville de Bastia", "Comte Bacciochi", "Persévérant" et "Evénement").
Il avait quitté Bastia le vendredi à sept heures (on suppose sept heures du soir) pour Bonifacio où il devait franchir les" Bouches " après avoir passé près des fameuses "îles Lavezzi".
Deux enfants à bord
Il jaugeait 179 Tonneaux (L : 56,28 m ; largeur : 7 m25; creux : 4m15)..L'équipage se composait de 22 hommes.
A Bastia il avait été chargé pour Bonifacio de 40 colis divers : pâtes alimentaires, balais, liquides etc. (soit 1130 kilos); pour Propriano, de 30 caisses de pétrole et de 10 colis de balais, aulx etc. (1180 kgs) et pour Ajaccio de 50 caisses de pétrole, 11 colis divers, des filets de pêche etc. (2830 kgs).
Il y avait à bord quelques passagers : MM. Piras, conseiller de préfecture ; capitaine Solmon du 61 ème ; Eugusses, sous-inspecteur des Douanes; Pietri, avocat ; Mmes Ceccarelli et Chiesa ainsi que deux enfants en bas âge ; MM. Progali, Lucci, Gennari, pêcheurs.
Mer agitée, temps brumeux.
Dans le détroit de Bonifacio, la mer était agitée et le temps était brumeux mais rien de bien exceptionnel et, en tout cas, rien à voir avec la tempête de ce sinistre 15 février 1855 où périt "la Sémillante".
Il était quatre heures du matin ce samedi. Lorsque, on ne sait trop pourquoi, le paquebot talonna sur le cap Rocche d'abord puis sur l'île à l'est.
Un rapport assez laconique de l'époque nous apprend que "fort heureusement tous les passagers et l'équipage purent parvenir à se sauver et à rejoindre la terre ferme, d'abord sur l'île Lavezzi puis à Cala-Longa, sur la côte est bonifacienne où ils furent transportés par la suite.
Les torpilleurs 127 et 140 qui se trouvaient au Vieux-Port de Bastia devaient se porter sur les lieux. A bord de l'un de ces deux navires MM. Auguste Pierangeli agent général de la compagnie Fraissinet et Alfonsi, capitaine d'armement.
Le navire devait finir par couler car la voie d'eau était très importante. Toutefois la marchandise qu'il transportait avait pu, tant bien que mal, être récupérée avant le naufrage total du petit paquebot.
"Bâbord !"
Voici une version du naufrage que donnait à cette époque le "Journal de la Corse" :
"Le matin à 4 heures, le commandant Ferrari, étant de quart, aperçut les rochers des Lavezzi : " Bâbord !" ordonna-t-il aussitôt. Mais le navire continuait à venir sur tribord et pourtant l'homme à la barre obéissait aux ordres. Peine perdue, la direction ne changeait pas, une des drosses du gouvernail venait de se briser ".
Malgré les efforts du commandant, "l'Evénement" finit par toucher un rocher. Le choc cependant ne fut pas très violent. C'est à peine s'il réussit à réveiller quelques uns des passagers. Mais le navire était vieux (il avait été construit à Greenock en 1862 et avait subi par la suite d'importantes réparations). Le commandant le savait. Il jugea que, jamais, il ne pourrait parvenir jusqu'à Bonifacio. C'est pourquoi précise un rapport : "Dans l'intérêt commun, le commandant décida d'échouer son navire.
Il faut savoir que le 30 décembre 1889 (quatre ans avant ce naufrage) , le conseil municipal de Bastia estimait lors de sa réunion : " Sur les six navires qui sont affectés au trafic, quatre paraissent ne réunir aucune des conditions imposées à l'adjudicataire, que leurs aménagements sont incomplets et insuffisants, que les moyens de sauvetage y sont absolument nuls, que notamment les paquebots : "Persévérant" "Evénement" "Comte Baciocchi" se trouvent, tant au point de vue de l'usure de leurs tôles, que du mauvais état de leurs machines, dans des conditions qui constituent un danger permanent our la vie des voyageurs (...) les accidents nombreux et récents ont jeté l'inquiétude et sonné l'alarme au sein de la population..." (Source : "Corsica Marittima. Charles Finidori Editions Payan).
A quatre heures dix minutes "l'Evénement" se couchait sur les rochers. Les canots furent immédiatement descendus et les marins aidèrent d'abord les passagers avant de prendre eux-mêmes place à bord . Comme le veut la tradition, le commandant quitta le navire le dernier juste avant que ce dernier ne se brisât en deux, l'avant plongeant complètement.
Une heure après il était englouti par les flots.
L'Evenement : "un danger permanent"
Vers huit heures du matin les premières embarcations arrivèrent. Dans l'une d'elles se trouvait M. Augustin Piras, maire de Bonifacio; les passagers avaient pris place dans le canot de la Douane.
Beaucoup d'entre eux avaient perdu leurs bagages, mais ils étaient tous vivants et c'était l'essentiel.
Épilogue de ce naufrage: le Tribunal maritime commercial qui avait à statuer sur le cas du Capitaine au long cours Charles Ferrari, commandant le paquebot "l'Evénement" devait l'a acquitter à l'unanimité : "M. Le Président lui a serré la main et a tenu à le féliciter de sa conduite lors de ce naufrage".
Quelques mois après, le capitaine Ferrari était nommé officier aux Transports maritimes.

Avec l'aimable autorisation de M. François CANONICI, texte issu du site : http://canonici.skyrock.com/
hdp


LE NAUFAGE DU "GENERAL BONAPARTE" Torpillé par le sous marin anglais Sportman
Par Joseph DAMIANI

Le torpillage a eu lieu le 18 mai 1943 au large d'Ajaccio par le sous marin Sportman commandé par le commandant L R Gathehouse en plein jour avec toutes les marques de neutralité bien visibles (137 disparus).

Le Général Bonaparte est un des bateaux de la Compagnie Fraissinet qui assure les rotations - devenues rares pendant la guerre - entre la Corse et le continent. Le soir du 18 mai 1943, il quitte le port d’Ajaccio pour Nice avec à son bord 68 hommes d’équipage et 199 passagers, parmi lesquels une garde armée italienne chargée de surveiller la bonne destination du navire afin qu’il ne passe pas aux mains des Alliés. Cette garde italienne n’est pas du goût de Londres qui a fait savoir au gouvernement de Vichy que de ce fait ces navires étaient considérés comme ennemis.
Pour une meilleure sécurité, le bateau ne navigue pas la nuit. Peu après avoir quitté Ajaccio il jette l’ancre au large des Iles sanguinaires. Il ne repartira que le lendemain 19 mai au lever du jour. N’empêche qu’à 40 miles (70 km environ) de Nice, à 14 heures 30, il est atteint par deux torpilles lancées par le sous-marin anglais Sportsman. Il coule. Deux torpilleurs français, la Pomone et l'Iphigénie, saisis par la marine allemande, se portent au secours des naufragés. 137 d’entre eux seront sauvés. Joseph Damiani et son épouse Marie Rose sont de ceux-là. Ils sont les derniers survivants à s’extraire du navire. Joseph Damiani a fait le récit du naufrage.

Texte issu du site : http://www.resistance-corse.asso.fr/histoire-le_naufrage_du_general_bonaparte.html

Joseph Damiani était enseignant.
Il a publié une chronique sur la langue corse durant de longues années dans « Terre corse », le mensuel du Parti communiste en Corse.

hdp
LE NAUFAGE DU "LEON GAMBETTA" Torpillé par le sous marin Autrichien U-5
Par Véronique Emmanuelli.

Il y a 100 ans, le navire sombrait dans les eaux de l’adriatique. Il transportait à son bord 800 marins dont 29 Corses. Fortune de mer, fortune de guerre. A santa maria di Leuca, la population a commémoré le 100ème anniversaire de la catastrophe. En France l’association « Aux Marins » s’efforce aussi de perpétuer la mémoire du navire et des hommes.
Les italiens convoqueront, à l’initiative de la population, des autorités de Santa Maria di Leuca, de Castrignano del Capo et de l’association « Les Marins d’Italie », le navire et ses fantômes.
Une délégation bretonne de l’association « Aux Marins morts pour la France » a fait le déplacement depuis Plougonvelin. L’heure est à la commémoration du 100ème anniversaire du naufrage et à l’hommage aux disparus. Dans la liste figurent 29 Corses. Anne-Marie et Michel Hermain-Westrelin, délégués « Aux Marins » dans l’Île ont noté leurs noms. Ils ont reçu l’aide précieuse de Denise Bourven, bénévole de l’association.
La démarche est une des conditions du renforcement  de la mémoire. Elle vise à constituer un dossier en vue d’honorer les Corses au Cénotaphe de la pointe Saint-Mathieu à Plougonvelin où chaque année, le 16 mai, se déroule une cérémonie en hommage à tous les marins morts pour la France.



Source : Supplément hebdo La Corse 8-14 mai 2015 de Corse Matin.

hdp